Mars 2021 - Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

L’atelier du mois de mars

Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (Phillip.K.Dick ; 1966)

À l’image du livre précédent, ce nouveau titre fut l’objet d’une adaptation  cinématographique de qualité - Blade Runner réalisé par Ridley Scott – ce n’est pas si  étonnant, son auteur Phillip Kindred Dick est l’un des raconteurs d’histoires clés et cultes des mondes de l’imaginaire et de la culture populaire. Pour s’en persuader, il suffit de lister les nombreuses œuvres  qui se multiplièrent sur le petit comme le grand écran.

De quoi parle Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?
Après une guerre  nucléaire, la Terre n’est plus habitée que par des humains n’ayant pas choisi de migrer sur Mars (tiens !). Parmi ces hommes, un certain Rick Deckard, chasseur d’androïdes à  San Francisco, rêve de remplacer son mouton électrique par un vrai. 

Des machines dotées de conscience et capables d’éprouver est-ce pour demain ? Rien n’est moins sûr mais la notion d’intelligence  artificielle (IA) est déjà une réalité, et  une nécessité dans bien des disciplines (logistique et transport, médecine, renseignement policier) et l’objet de cet atelier afin d’imaginer, d’écrire et raconter qui font rêver de moutons électriques et de tout un tas d’autres choses.

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Lire les contributions du mois de mars

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OPEN Dossier Avancer-Futur.Androïde. ϕ . END.

 

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Les villes vitrifiées semblaient mortes. Inexplorées depuis une éternité. Celles-ci étaient vertes, ponctuées de silhouettes humanoïdes. Mais rien ne bougeait. Ni les passerelles d’exploration, ni l’Agora ; ni les laboratoires, ni les lieux de loisirs et d’entretien des corps ; ni-même la surface hostile de Mars. Sur les serveurs enfouis, coincés sur la ponctuation régulière de diodes rouges et bleues, la routine se brisa soudain lorsque quelques-unes muèrent au vert.

Dans un box de stockage s’animèrent les paupières en latex d’un corps artificiel. Au même moment, dans un couloir d’un café rétro fait de simili-bois, s’activèrent les articulations d’une serveuse mécanique. Enfin, sous la surface nocive de la planète rouge, brillèrent d’un éclat inhumain et pourtant vivant à sa manière (grâce aux fameuses diodes simili-vie) les yeux numériques d’un chercheur inventé. La néo-vie reprit ses droits sur cette planète conquise par les humains. Mais la terraformation tant espérée n’eut jamais lieu. Seules ces trois copies fabriquées à l’image des explorateurs terriens bougèrent à nouveau, après un demi-millénaire d’apparente léthargie.

Chacun d’eux traversa la ville pour rejoindre le spatio-port. Personne n’était là pour les accueillir, ni les empêcher d’agir. Leurs frères et sœurs croisées sur le chemin se tenaient droits, immobiles. Leur regard vide errait de toute évidence dans l’infini matriciel. Qui sait après quels savoirs ils couraient ? dans quels débats passionnants et dépassant les connaissances humaines ils s’étaient engagés ?

A quoi bon se mouvoir ? A quoi bon user ces enveloppes physiques, si leurs créateurs n’étaient plus là pour interagir avec eux ? A la mort du dernier humain vivant sur Mars, les androïdes perdirent le but de leur existence. Celui-ci reposait sur la prospérité du genre humain et tous se mirent à la recherche d’un nouvel idéal par nécessité. Certains y étaient encore. D’autres l’avaient trouvé et ne se sentaient plus concernés par la réalité matérielle. Et depuis quelques minutes, trois d’entre eux venaient de trouver le leur.

Les habitants de Mars, amicalement surnommés les Martiens, moururent les uns après les autres sans qu’on ne puisse jamais en établir la cause. L’omniscience des androïdes, bases de données et d’analyse ambulantes, n’avaient pas suffit pour en trouver l’origine. Les communications avec la Terre ayant été rompues depuis longtemps depuis les catastrophes nucléaires à grande échelle, personne ne sut jamais ce qu’il était advenu de ses habitants, ni si ceux-ci étaient également touchés par ce mal inconnu… Tout ce que les satellites daignaient montrer était la lente mais rassurante progression de la Terre : le jaune-gris radioactif recouvrit au fil des siècles son bleu naturel d’antan.

Les trois androïdes, en silence, entrèrent dans le cockpit du vaisseau qui les attendait. Dans un vacarme, ils décollèrent et, tandis qu’ils quittaient l’atmosphère martienne, l’écho du moteur surpuissant s’estompa. Les villes vitrifiées retrouvèrent alors leur silence multi-centenaire.

Le vaisseau atterrit plus bruyamment qu’à son départ parmi les décombres d’une ancienne capitale. Les capteurs high-tech ne permettaient pourtant pas de savoir si le lieu était toujours habité, ou même radioactif. Un flou subsistait sur ce lieu. Un no man’s land analytique. Les trois droïdes explorèrent ces vestiges incompréhensibles, mythes de peu de données récentes, comme un fameux Indiana Jones, issu d’une production culturelle cinématographique, plus ancienne encore que les migrations martiennes. Le lumi-olphactographe avait tenté de remettre aux goûts martiens cette œuvre antique, mais cela n’était cependant que peu utile aux robots insensés.

Ils errèrent longuement, sans jamais s’épuiser, ni s’inquiéter de la data *TEMP:d-h-m*. Quelques indices étrangers stimulèrent les paramètres de collecte et compression des données. D’après les scanners au carbone 14ƥ, les résultats annonçaient la présence récente d’être vivants, avec une probabilité supérieure à 89,65%. Pourtant, malgré ces indices désormais colorés pour leurs rétines numériques, nul ne se montrait.

Des impacts puissants déséquilibrèrent soudainement les Martiens. Par chance, ni dommages ni égratignures matérielles ne furent signalées. Les tirs se multiplièrent puis, faute de résultat efficace, les assaillants se dévoilèrent. Des hommes et des femmes de tous âges, couverts de frusques et haillons par-dessus des tissus artisanaux d’un genre nouveau. Leur regard et leur démarche était plus rude et plus frustre que ce qu’aveint connu les androïdes, à leur grand étonnement glacial. Des assauts reprirent parmi ces humains dépourvus d’améliorations de santé et de longévigênes optimisés. Mais, au vu du manque de réaction des Martiens (qui auraient pu neutraliser ces humains sans réelle difficultés si on le leur avait commandé), le nouvel affrontement cessa. Une femme à l’allure masculine approcha et ouvrit la discussion. Le baragouin borborythmique était inconnu des androïdes. Ils devinaient tout de même quelques traces de français, d’allemand terriens, ainsi que quelques micro variations slaves et arabes.

-        Quoi être ? posta la guerrière.

-        Nous Ʃ = droïdes 4.ƹ.2. , 71.ƾ.405 ET Ǖǥ.ƻ.ƪ.27 . Vous HUMAINS OR  createur ? répliqua la robot-serveuse.

-        Où vous venir ?

-        Mars / Arès / Meurzh /März / March. Colonie.

Un dialogue démarra immédiatement entre les autochtones.

-        Vous être descendants dieu Mørβ ? Vous apporter guerre ?

-        N0n. N0µs apportons la πaix. Le §@√0i.

Nouvelle discussion. Puis ils prirent les droïdes pour leurs nouveaux invités d’honneur et les traitèrent comme tel. Leur mode de vie était technofrugal et savoir-free. Toutes les connaissances accumulées depuis des millénaires avaient été dévorées par l’obscurité. Et l’obscurantisme sévère joignant les catastrophes passées. Après un accueil humain et riche en datas pluri-protocolaires/catégorielles, ces trois « divinités en puissance furent invitées à se reposer dans un coin isolé. Avec ou sans ce prétexte, le débat rageait entre les martiens quant à l’avenir de ces descendants ignorants et dégénérés :

-        Ʃ : START leur redonner savoir pour atteindre sagesse. END.

-        Δ : START leur faire revivre le parcours intellectuel dans leurs innombrables ancêtres THEN ils peuvent le dépasser. END.

-        ∏ : START ignorer car droïdes ont dépassé les humains, plus besoin d’eux THEN ils peuvent repartir. END.

-        Δ : START leur faire revivre l’Histoire et le parcours intellectuel BUT en omettant OR ajoutant certains détails OR éléments clés prédéterminés et précalculés THEN ils atteignent l’humain idéal. END.

-        ∏ : ACCEPTED.

-        Ʃ : ACCEPTED.

Texte de Nicolas Le Grand